#PortraitDeStartuper – adVentures – Antoine Duboscq #Startup #Entreprenariat @A_Duboscq

#PortraitDeStartuper – adVentures – Antoine Duboscq

Comment décririez-vous votre entreprise ?
« adVentures est l’un des pionniers dans le modèle émergent des start-up studios. Depuis 2010, notre métier est de créer et développer des entreprises innovantes ayant chacune le potentiel de devenir un leader global sur son segment de marché. Nous créons et développons des ventures au rythme actuellement d’une création tous les dix-huit mois.

A vrai dire, pendant plusieurs années nous avons exercé un métier dont j’ignorais le nom ! Mes amis entrepreneurs, venture-capitalistes ou spécialistes du private equity n’avaient pas non plus identifié ce nouveau modèle. C’est seulement en 2015 que je suis tombé sur un article parlant du concept de ‘Venture Studio’ et qui décrivait quelques acteurs.

La stratégie créative d’adVentures sélectionne les projets entrepreneuriaux avec soin. Notre premier critère pour décider de créer une entreprise : elle doit apporter une réelle plus-value à ses futurs clients, et plus largement une contribution positive à la société. Nous ne construisons pas sur des concepts de type ‘me-too’, ni sur des opportunités purement tactiques, par exemple fondés sur un effet de mode. Nous voulons rester fiers de chacune de nos créations.

Parmi nos autres critères, l’entreprise doit offrir un potentiel de leadership international sur son segment de marché. En réalité dès le départ nous concevons des « global-born companies ». Le choix du concept et des technologies, les fondamentaux marketing sont pensés dès l’origine pour une niche de marché mais sur un périmètre géographique global.

Le premier moteur pour réussir chaque création, c’est d’attirer des talents au tempérament entrepreneurial quel que soit leur domaine d’intervention : marketers, développeurs, scientifiques, managers, commerciaux, … Certains sont dédiés à une entreprise et d’autres collaborent au sein du studio sur plusieurs dossiers. Tous échangent et dialoguent, ce qui favorise les synergies et la créativité de manière assez surprenante. Notre recette pour les attirer et leur faire donner le meilleur est simple : des projets passionnants, des stratégies claires, le sentiment de faire œuvre utile dans un cadre qui respecte l’éthique et la créativité.

A ce stade notre portefeuille compte quatre entreprises opérant sur différents secteurs porteurs : les solutions collaboratives, l’ingénierie génétique, le marché de l’art et enfin l’économie du partage de la connaissance. En outre, le groupe intègre un cabinet de conseil en stratégie.

Pourquoi ce choix de produit / service ?
Le choix du métier de venture studio résulte bien entendu d’une passion pour le développement entrepreneurial, mais aussi de mon parcours professionnel et d’une réflexion d’équipe. Pendant quinze ans j’ai eu la chance de côtoyer et/ou conseiller sur leur stratégie de croissance plus d’une centaine de patrons dans des contextes formidablement variés, allant de grands groupes cotés aux entrepreneurs. J’ai pu observer que dans les phases entrepreneuriales les critères classiques d’analyse stratégique ne sont pas toujours pertinents.  Nous avons également analysé un grand nombre de cas d’échecs et de succès. Cette expérience cumulée nous a conduit à développer une méthode spécifique pour réduire drastiquement le taux d’échec en phase de création et optimiser le levier sur capitaux investis.

Le modèle de venture studio est différent de celui d’un fonds de venture capital : une part plus élevée du capital, un montant investi inférieur, une maitrise des leviers stratégiques dès l’origine. Nous visons un niveau plus élevé de retour sur capitaux corrigé du risque. AD & Partners Ventures intervient avant la création et assure un pilotage stratégique, partagé le cas échéant avec un associé co-entrepreneur. Pour développer chaque entreprise, lorsqu’elle a franchi les premières étapes nous ouvrons le capital à des investisseurs intéressés, le plus souvent business angels ou fonds de type family office. Ils bénéficient ainsi d’un niveau de risque réduit par rapport à un investissement sur une start-up isolée ou soutenue par un fonds de type VC, et profitent de notre expérience pour valoriser leur investissement. Sur le plan financier l’objectif est de faire gagner chaque investisseur et lui proposer d’autres dossiers.

Quelles sont vos ambitions, vos objectifs pour votre entreprise ?
Ma première ambition est de réussir chacune des 4 ventures que nous avons créées jusqu’à présent.

Pour moi, « réussir » signifie pour chacune de nos sociétés devenir un actif attractif, une entreprise économiquement saine, et un leader global sur son segment de marché. Au plan financier le premier paramètre est la création de valeur rapportée aux capitaux investis, pour notre groupe comme pour nos investisseurs.

Un autre aspect important est la maitrise du risque. Le taux d’échec normal dans la phase de 0 à 5 ans est de l’ordre de 80% (et je ne parle ici que des dossiers sérieux…). C’est beaucoup trop, et ce n’est pas une fatalité. Les débuts de l’aviation furent mortels pour beaucoup de géniaux aviateurs, mais heureusement les savoir-faire progressèrent vite et les causes principales d’accidents furent systématiquement analysées. Résultat la création d’un nouvel avion ne nécessite plus de sacrifier des pilotes. Nous visons un progrès similaire pour la création d’entreprise innovante. A partir de nos analyses et notre expérience, à partir de plusieurs centaines de business cases, nous avons identifié les facteurs d’échecs les plus fréquents. Les erreurs classiques, malheureusement, se répètent. Avec notre savoir-faire nous pouvons d’ores et déjà viser un taux inférieur à 20%. Cette ambition constitue non seulement un formidable levier financier pour adVentures et ses partenaires, mais avant tout une aventure humaine passionnante.

Notre entreprise la plus mature, Wimi, a franchi jusqu’à présent toutes les étapes depuis sa création et aura bientôt 5 ans. Wimi aide un nombre croissant d’entreprises – mais aussi d’administrations et collectivités locales – à travailler en équipe de manière plus productive et aussi … plus agréable. Depuis deux ans nous préparons le lancement de Wimi aux Etats-Unis à travers notre bureau à San Francisco, et ce lancement est l’une de nos priorités pour les prochains mois.

Notre deuxième création, dans le secteur de la biotechnologie, est actuellement en plein décollage. Après la phase R&D, la phase de commercialisation de GEG-Tech était déterminante et permet d’attirer des clients venant des Etats-Unis, en Europe et Israël. Nous ouvrons le capital de cette société dans les prochaines semaines. Enfin sur nos autres dossiers, plus jeunes, nous préférons rester discrets encore un peu de temps…

Le rythme de créations passera progressivement d’une moyenne d’une tous les dix-huit mois à environ douze mois.

Nos premiers succès reposent sur la capacité à détecter et attirer des talents, des personnalités très diverses qui désirent s’enrichir mutuellement. Qu’ils passent six mois dans le groupe ou dix ans, mon ambition pour eux, c’est qu’ils se développent et s’épanouissent.

Comment vous décririez-vous en tant qu’entrepreneur ?
Je suis un ‘parallel entrepreneur’. J’apprécie de travailler sur un portefeuille d’entreprises en passant fréquemment d’un sujet à un autre, avec une diversité de personnes. A chaque fois la créativité est restimulée et l’énergie reste élevée. C’est aussi une manière de laisser mûrir une réflexion, permettre à mes co-entrepreneurs et managers de respirer, agir librement et tester une piste ; parfois les aider à prendre du recul pour préparer un pivot, renoncer à des convictions ou encore identifier une opportunité qui nécessite de lever le nez du guidon.

Par tempérament j’aime développer les personnes, et tirer du dialogue du bon pour l’un et l’autre.

Enfin sur le plan pratique j’apprécie d’alterner entre différents niveaux : imaginer ou faire évoluer un concept, concevoir une stratégie, mener une négociation, analyser un reporting ou des données, ou tout simplement prendre un goûter l’après-midi avec un membre de l’équipe…

Quelle est votre formation initiale ?
Je suis autodidacte, comme me l’avait fait remarquer avec humour mon premier boss lors de l’embauche. Un polytechnicien très sympa. Je suis fier de ce statut d’autodidacte, même si je dois reconnaitre l’avoir complété avec un parcours sup/spé, puis ingénieur de l’ENSIIE (maths appliquées et computer science), et un master en Strategic Management à HEC Paris. Ces étapes m’ont beaucoup apporté au plan de la formation intellectuelle. Mais au plan humain, ma meilleure formation fut militaire, l’école d’officiers de Saumur suivi d’une expérience de chef de peloton de chars. Il est regrettable je pense que cette formation ne soit plus accessible aux jeunes diplômés.

Qu’est-ce qui vous passionne ?
Mon métier me passionne, cela ne vous surprendra pas. Je suis passionné à la fois par le développement du venture studio, et par chacune des start-up que nous développons. D’ailleurs, je trouve fascinant à quel point les personnes peuvent développer leurs talents, s’épanouir et faire des choses qu’elles n’imaginaient pas avant. Il suffit parfois de faire confiance, une impulsion, une parole. C’est l’une de mes plus grandes sources de satisfaction.

Quel a été votre parcours d’entrepreneur ? Depuis quand êtes-vous entrepreneur ?
J’ai été formé et exercé dans deux écoles américaines du business : Procter & Gamble et le Boston Consulting Group (BCG). A chaque fois, une exigence élevée et des méthodes exceptionnelles. J’y ai appris le marketing, la finance et la stratégie. En 2000 j’avais 31 ans et j’ai décidé de me lancer avec un associé, nous avons créé notre première start-up, Wappup, vite devenu un acteur clé sur l’internet mobile en raison de son positionnement au cœur du modèle économique des opérateurs. Ceux-ci ont réagi en verrouillant l’accès des services sur leurs potables. Nous avons engagé un combat juridique et grâce notamment à une action médiatique intensive nous avons pu briser le monopole des opérateurs et créé les conditions d’une liberté d’accès. La jurisprudence Wappup est encore étudiée par les spécialistes. Mais au même moment le crack de la ‘bulle internet’ mettait par terre tous les modèles économiques du secteur. Un pivot drastique a permis de sauver l’entreprise, et la création en 2001 du cabinet en stratégie WMI. Le cabinet WMI est spécialisé sur les stratégies de croissance et création de valeur, il est intervenu auprès de dizaines de CEOs et dirigeants dans des secteurs variés (Siemens, Adidas, Paris-Saint-Germain, Orange, Sodexo, …). WMI appartient désormais au groupe adVentures. Le premier investissement d’AD&P fut fin 2010 la création de Wimi, solution intégrée de travail en équipe.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans cette aventure ?
Les difficultés ne manquèrent pas ! Certaines viennent de l’extérieur, ce fut en 2000 le combat mené contre les opérateurs telecom, ensuite le crach de 2000, et aussi la crise de 2008. J’ai pu observer que les difficultés rencontrées par l’entrepreneur sont souvent assez similaires. Nous avons identifié une série de patterns qui se reproduisent fréquemment. Je ne les ai pas tous vécus, mais j’en ai expérimenté plusieurs à différents moments –  difficulté de financement, choix marketing et canal de commercialisation inadapté, erreur de casting sur un associé ou un manager clé, vitesse d’adoption lente en France sur un marché qui émerge rapidement aux US. Voilà quelques exemples des difficultés qui peuvent arriver à un entrepreneur. Bien entendu, il y en a d’autres. C’est d’ailleurs à partir d’une analyse systématique de cas d’erreurs et leviers de succès, que nous avons mis au point des méthodes pour maitriser les risques et développer le portefeuille de participations d’adVentures.

D’après vous quels sont les facteurs clés de succès pour réussir dans l’entrepreunariat ?
L’entrepreneur a vocation à repousser des frontières, par exemple économiques, scientifiques. Il a un rôle important à jouer dans la société.Pour se lancer dans une traversée en mer sur un petit bateau, il avoir doit l’âme d’un marin. Il faut pouvoir supporter de recevoir parfois des paquets de mer, savoir rester un certain temps assez seul, tenir bon lorsque le vent fait défaut longtemps ou quand la mer se déchaine. Etre prêt à changer sa trajectoire de course lorsque les conditions météo varient. A faire des paris, à les perdre parfois – et assumer toujours. Alors on peut parvenir à bon port. Et on n’a qu’une idée en tête : repartir en mer !Si on n’a pas ce tempérament particulier il vaut chercher un autre sport ou bien s’inscrire à une croisière. Les risques sont plus élevés, et la traversée avec ses incertitudes et combats n’est pas toujours un parcours agréable. Pour réussir dans l’entreprenariat, il faut donc bien se connaître, avoir ce profil particulier de l’entrepreneur. Une bonne résistance à la pression, à l’adversité et même à l’échec. Ainsi qu’une capacité à convaincre, attirer des talents complémentaires, entendre un avis différent du sien. S’associer est à cet égard généralement préférable. Il est bon de s’entourer de personnes bienveillantes.

Quel mode de financement avez-vous retenu pour lancer votre société ?
Le financement initial d’adVentures a été réalisé en capital à hauteur de 1,5m€ par des fonds personnels et le cash flow issu de notre activité de conseil en stratégie WMI. Chaque société a vocation à accueillir des partenaires financiers intéressés par le projet et par le modèle AD&P. Pour notre première création, la solution collaborative Wimi, nous avons ouvert le capital à des business angels en majorité eux-mêmes entrepreneurs, qui ont apporté 1,5m€, puis nous avons complété le financement lorsque la croissance l’a permis avec un prêt bancaire (venture loan) de 750k€. Actuellement nous préparons l’ouverture du capital pour d’autres sociétés du portefeuille.

Nous portons une attention particulière au coût du capital et au retour sur capitaux investis, pour notre holding comme pour chacune des sociétés du portefeuille.

S’il n’y en avait qu’un, quels serait le point d’attention à surveiller en priorité lorsqu’on se lance dans l’aventure startup ?
Etre prêt à brûler sans s’émouvoir certaines de ses hypothèses et convictions. Et en même temps, paradoxalement, disposé à se battre pour sa vision et ses fondamentaux. Un art qui se renforce avec l’expérience.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait lancer sa propre startup ?
Si vous avez le tempérament de l’entrepreneur, si vous sentez être prêt à devenir le marin que j’évoquais tout à l’heure, si votre projet s’appuie sur une vision rationnelle et des fondamentaux sains, si vous apportez une plus-value réelle aux futurs clients, que vous rendez un service à la société, si vous êtes bien entouré et/ou associé, s’il existe des chances objectives de convaincre et d’atteindre un modèle économique, si au moins une personne raisonnable vous soutient, alors lancez-vous ! Et à partir de là, agissez avec calme et détermination.

Compte Twitter :
https://twitter.com/A_Duboscq

Compte Linkedin :
https://fr.linkedin.com/pub/antoine-duboscq/0/415/307

Blog ou sites :
www.adventures-studio.com

_______________________________________________

Portrait de startuper #58 – adVentures – Antoine Duboscq – par Sébastien Bourguignon
_______________________________________________

Précédents portraits de la série :
_______________________________________________

Portrait de startuper #57 – MyAnnona – Beryl Bes – par Sébastien Bourguignon
_______________________________________________

_______________________________________________

Portrait de startuper #56 – HubGrade – Brieuc Oger – par Sébastien Bourguignon
_______________________________________________

_______________________________________________

Portrait de startuper #55 – PayCar – Vincent Marty-Lavauzelle – par Sébastien Bourguignon
_______________________________________________